Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/197

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Les ruines de Pierrefonds lui parurent touchantes, comme une ruine de ces vieux châteaux qui couronnent les cimes du Brocken [1]. Mina conjura sa mère de s’arrêter quelques jours dans la petite auberge du village de Pierrefonds. Ces dames y étaient fort mal. Un jour de pluie survint. Mina, étourdie comme à douze ans, s’établit sous la porte cochère de l’auberge, occupée à voir tomber la pluie. Elle remarqua l’affiche d’une terre à vendre dans le voisinage. Elle arriva un quart d’heure après chez le notaire, conduite par une fille d’auberge qui tenait un parapluie sur sa tête. Ce notaire fut bien étonné de voir cette jeune fille vêtue si simplement discuter avec lui le prix d’une terre de plusieurs centaines de mille francs, le prier ensuite de signer un compromis et d’accepter comme arrhes du marché quelques billets de mille francs de la Banque de France.

Par un hasard que je me garderai d’appeler singulier, Mina ne fut trompée que de très peu. Cette terre s’appelait le Petit-Verberie. Le vendeur était un comte de Ruppert, célèbre dans tous les châteàux de la Picardie. C’était un grand jeune homme fort beau ; on l’admirait au

  1. Le Brocken, montagne de l’Allemagne et le point central du Hartz, à 1.095 mètres d’élévation.