Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/202

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cupa toute la pensée de Mina pendant la première heure qui suivit son départ. Le lendemain, elle était obligée de faire un effort pour écouter même madame de Cély ; tout lui semblait sec et méchant. Elle ne regardait plus comme une chimère, qu’il fallait oublier, l’espoir de trouver un cœur franc et sincère,qui ne cherchât pas toujours le motif d’une plaisanterie dans la remarque la plus simple ; elle fut rêveuse toute la journée. Le soir, madame de Cély nomma M. de Larçay ; Mina tressaillit et se leva comme si on l’eût appelée, elle rougit beaucoup et eut bien de la peine à expliquer ce mouvement singulier. Dans son trouble elle ne put pas se déguiser plus longtemps à elle-même ce qu’il lui importait de cacher aux autres. Elle s’enfuit dans sa chambre. — Je suis folle, se dit-elle. À cet instant commença son malheur : il fit des pas de géant ; en peu d’instants, elle en fut à avoir des remords. — J’aime d’amour, et j’aime un homme marié ! — Tel fut le remords qui l’agita toute la nuit.

M. de Larçay, partant avec sa femme pour les eaux d’Aix en Savoie, avait oublié une carte sur laquelleil avait montré à ces dames un petit détour qu’il comptait faire en allant à Aix. Un des enfants de madame de Célytrouva cette carte ; Mina