Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/201

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eut plus d’une fois l’idée de consulter M. de Larcay sur ce que sa position avait d’èmbarrassant. Les airs élégants du comte de Ruppert, qui ce jour-là suivait les calèches à cheval, faisaient ressortir les manières pleines de naturel et même naïves de M. de Larçay. Le grand événement au milieu duquel il avait débuté dans la vie, en lui faisant voir le cœur humain tel qu’il est, avait contribué à former un caractère inflexible, froid, positif, assez enjoué, mais dénué d’imagination. Ces caractères font un effet étonnant sur les âmes qui ne sont qu’imagination. Mina fut étonnée qu’un Français pût être aussi simple.

Le soir, quand il fut parti, Mina se sentit comme séparée d’un ami qui, depuis des années, aurait su tous ses secrets. Tout lui sembla sec et importun, même l’amitié si tendre de madame de Cély. Mina n’avait eu besoin de déguiser aucune de ses pensées auprès de son nouvel ami. La crainte de la petite ironie française ne l’avait point obligée, à chaque instant, à jeter un voile sur sa pensée allemande si pleine de franchise. M. de Larçay s’affranchissait d’une foule de petits mots et de petits gestes demandés par l’élégance. Cela le vieillissait de huit ou dix ans ; mais, par cela même, il oc-