Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/204

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bien en colère contre vous ! dit madame Toinod à la femme de chambre, dès qu’elles se trouvèrent seules.

— Ne m’en parlez pas, dit Aniken les larmes aux yeux ; c’était bien la peine de me faire quitter Francfort, où mes parents tiennent une bonne boutique. Ma mère a les premiers tailleurs de la ville et travaille absolument à l’instar de Paris.

— Votre maîtresse m’a dit qu’elle vous donnerait trois cents francs, quand vous voudriez, pour retourner à Francfort.

— J’y serais mal reçue ; jamais ma mère ne voudra croire que madame Cramer m’a renvoyée sans motifs.

— Eh bien ! restez à Aix, je pourrai vous y trouver une condition. Je tiens un bureau de placement ; c’est moi qui fournis des domestiques aux baigneurs. Il vous en coûtera soixante francs pour les frais, et sur les trois cents francs de madame Cramer, il vous restera encore dix beaux louis d’or.

— Il y aura cent francs pour vous, au lieu de soixante, dit Aniken, si vous me placez dans une famille française : je veux achever d’apprendre le français et aller servir à Paris. Je sais fort bien coudre, et pour gage de ma fidélité, je déposerai chez mes maîtres vingt louis d’or que j’ai apportés de Francfort.