Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/205

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Le hasard favorisa le roman qui avait déjà coûté deux ou trois cents louis à mademoiselle de Vanghel. M. et madame de Larçay arrivèrent à la Croix de Savoie : c’est l’hôtel à la mode. Madame de Larçay trouva qu’il y avait trop de bruit, et prit un logement dans une charmante maison sur le bord du lac. Les eaux étaient fort gaies cette année-là ; il y avait grand concours de gens riches, souvent de très beaux bals, où l’on était paré comme à Paris, et chaque soir grande réunion à la Redoute. Madame de Larçay, mécontente des ouvrières d’Aix, peu adroites et peu exactes, voulut avoir auprès d’elle une fille qui sût travailler. On l’adressa au bureau de madame Toinod, qui ne manqua pas de lui amener des filles du pays évidemment trop gauches. Enfin parut Aniken dont les cent francs avaient redoublé l’adresse naturelle de madame Toinod. L’air sérieux de la jeune allemande plut à madame de Larçay ; elle la retint et envoya chercher sa malle.

Le même soir, après que ses maîtres furent partis pour la Redoute, Aniken se promenait en rêvant, dans le jardin, sur le bord du lac. « Enfin, se dit-elle, voilà cette grande folie consommée ! Que deviendrai-je si quelqu’un me reconnaît ? Que dirait madame de Cély, qui me croit à