Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/212

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sa seule passion était d’amasser un petit trésor pour être en état d’ouvrir un café à Paris. Alors, sans se gêner, elle lui fit des cadeaux. Bientôt Dubois la servit avec autant de respect que madame de Larçay elle-même.

Alfred remarqua que cette jeune Allemande, quelquefois si gauche et si timide, avait des façons fort inégales, des idées justes et fines qui valaient la peine d’être écoutées. Mina, voyant dans ses yeux qu’il l’écoutait, se permit quelques réflexions délicates et justes, surtout quand elle avait l’espoir de n’être pas entendue ou de n’être pas comprise par madame de Larçay.

Si, durant les deux premiers mois que mademoisellede Vanghel passa à Aix, un philosophelui eût demandéquel était son but, l’enfantillage de la réponse l’eût étonné et le philosophe eût soupçonné un peu d’hypocrisie. Voir et entendre à chaque instant l’homme dont elle était folle était l’unique but de sa vie : elle ne désirait pas autre chose, elle avait trop de bonheur pour songer à l’avenir. Si le philosophe lui eût dit que cet amour pouvait cesser d’être aussi pur, il l’eût irritée encore plus qu’étonnée. Mina étudiait avec délices le caractère de l’homme qu’elle adorait. C’était surtout comme con-