Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/213

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traste avec la haute société dans laquelle la fortune et le rang de son père, membre de la chambre haute, l’avaient placé, que brillait le caractère du tranquille Larçay. S’il eût vécu parmi des bourgeois, la simplicité de ses manières, son horreur pour l’affectation et les grands airs, l’eussent peint à leurs yeux comme un homme d’une médiocrité achevée. Alfred ne cherchait jamais à dire des choses piquantes. Cette habitude était ce qui, le premier jour, avait le plus contribué à faire naître l’extrême attention de Mina. Voyant les Français à travers les préjugés de son pays, il lui semblait que leur conversation avait toujours l’air de la fin d’un couplet de vaudeville. Alfred avait vu assez de gens distingués en sa vie pour pouvoir faire de l’esprit avec sa mémoire ; mais il se serait gardé comme d’une bassesse de dire des mots de pur agrément qu’il n’eût pas inventés dans le moment, et que quelqu’un des auditeurs eût pu savoir comme lui.

Chaque soir, Alfred conduisait sa femme à la Redoute, et revenait ensuite chez lui pour se livrer à une passion pour la botanique que venait de faire naître le voisinage des lieux où Jean-Jacques Rousseau avait passé sa jeunesse. Alfred plaça ses cartons et ses plantes dans le salon où