Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



travaillait Aniken. Chaque soir, ils se trouvaient seuls ensembledes heures entières, sans que, de part ni d’autre, il fût dit un mot. Ils étaient tous les deux embarrassés et pourtant heureux. Aniken n’avait d’autre prévenance pour Alfred que celle de faire fondre d’avance de la gomme dans de l’eau, pour qu’il pût coller dans son herbier des plantes sèches, et encore elle ne se permettait ce soin que parce qu’il pouvait passer pour faire partie de ses devoirs. Quand Alfred n’y était pas, Minaadmirait ces jolies plantes qu’il rapportait de ses courses dans les montagnes si pittoresquesdes bords du lac du Bourget. Elle se prit d’un amour sincère pour la botanique. Alfred trouva cela commode et bientôt, singulier. « Il m’aime, se dit Mina ; mais je viens de voir comment mon zèle pour les fonctions de mon état a réussi auprès de madame de Larçay. »

Madame Cramer feignit de tomber malade ; Mina demanda et obtint la permission de passer ses soirées auprès de son ancienne maîtresse. Alfred fut étonné de sentir décroître et presque disparaître son goût pour la botanique ; il restait le soir à la Redoute, et sa femmele plaisantait sur l’ennui que lui donnait la solitude. Alfred s’avoua qu’il avait du goût pour cette jeune fille. Contrarié par la timidité qu’il