Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/219

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qu’elle jouait ? Ce ne pouvait être que la peur. — Mina devina facilement la cause du trouble qu’elle voyait dans le regard d’Alfred. Un soir, elle eut l’imprudence de l’interroger ; il avoua, Mina fut interdite. Alfred était si près de la vérité qu’elle eut d’abord beaucoup de peine à se défendre. La fausse madame Cramer, infidèle à son rôle, avait laissé deviner que l’intérêt d’argent avait peu d’importance à ses yeux. Dans son désespoir de l’effet qu’elle voyait les propos de madame Cramer produire sur l’âme d’Alfred, elle fut sur le point de lui dire qui elle était. Apparemment l’homme qui aimait Aniken jusqu’à la folie aimerait aussi mademoiselle de Vanghel ; mais Alfred serait sûr de la revoir à Paris, elle ne pourrait obtenir les sacrifices nécessaires à son amour !

Ce fut dans ces inquiétudes mortelles que Mina passa la journée. C’était la soirée qui devait être difficile à passer. Aurait-elle le courage, se trouvant seule avec Alfred, de résister à la tristesse qu’elle lisait dans ses yeux, de souffrir qu’un soupçon trop naturel vînt affaiblir ou même détruire son amour ? Le soir venu, Alfred conduisit sa femme à la Redoute et n’en revint pas. Il y avait ce jour-là bal masqué, grand bruit, grande foule. Les rues d’Aix étaient encombrées de voitures