Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/220

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appartenant à des curieux venus de Chambéry et même de Genève. Tout cet éclat de la joie publique redoublait la sombre mélancolie de Mina. Elle ne put rester dans ce salon où, depuis plusieurs heures, elle attendait inutilement cet homme trop aimable qui ne venait pas. Elle alla se réfugier auprès de sa dame de compagnie. Là aussi elle trouva du malheur ; cette femme lui demanda froidement la permission de la quitter, ajoutant que, quoique fort pauvre, elle ne pouvait se décider à jouer plus longtemps le rôle peu honorable dans leque lon l’avait placée. Loin d’avoir un caractère propre aux décisions prudentes, dans les situations extrêmes, Mina n’avait besoin que d’un mot pour se représenter sous un nouvel aspect toute une situation de la vie. « En effet, se dit-elle frappée de l’observation de la dame de compagnie, mon déguisement n’en est plus un pour personne, j’ai perdu l’honneur. Sans doute je passe pour une aventurière. Puisque j’ai tout perdu pour Alfred, ajouta-t-elle bientôt, je suis folle de me priver du bonheur de le voir. Du moins au bal je pourrai le regarder à mon aise et étudier son âme. »

Elle demanda des masques, des dominos ; elle avait apporté de Paris des diamants qu’elle prit, soit pour se mieux déguiser