Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/240

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



transporté de colère. Mina eut beaucoup de peine à le retenir. Le comte prit une échelle cachée le long d’un mur, la dressa vivement contre une galerie en bois de huit ou dix pieds de haut qui régnait le long du premier étage de la maison. Une des fenêtres de la chambre de madame de Larçay donnait sur cette galerie. M. de Ruppert entra dans l’appartement par une fenêtre du salon. Alfred courut à une petite porte du rez-de-chaussée qui donnait sur le jardin ; Mina le suivit. Elle retarda de quelques instants le moment où il put saisir un briquet et allumer une bougie. Elle parvint à lui ôter ses pistolets.

— Voulez-vous, lui dit-elle, réveiller par un coup de pistolet les baigneurs qui occupent les autres étages de cette maison ? Ce serait une plaisante anecdote pour demain matin ! Même dans l’instant d’une vengeance ridicule à mes yeux, ne vaut-il pas mieux qu’un public méchant et désœuvré n’apprenne l’offense qu’en même temps que la vengeance ?

Alfred s’avança jusqu’à la porte de la chambre de sa femme ; Mina le suivait toujours :

— Il serait plaisant, lui dit-elle, qu’en ma présence vous eussiez le courage de maltraiter votre femme !