Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/245

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une grande terre que je possède près de Custrin. Dès que vous pourrez marcher, allez vendre cette terre ; je vous enverrai la procuration nécessaire de Lausanne. Consentez un rabais sur le prix de cette terre s’il le faut, ou escomptez les lettres de change que vous obtiendrez. Enfin, ayez de l’argent comptant à tout prix. Si je vous épouse, il est convenable que vous paraissiez au contrat de mariage aussi riche que moi.

Le comte n’eut pas le moindre soupçon que Mina le traitait comme un agent subalterne, que l’on récompense avec de l’argent.

À Lausanne, Mina avait le bonheur de recevoir par tous les courriers des lettres d’Alfred. M. de Larçay commençait à comprendre combien son duel simplifiait sa position à l’égard de Mina et de sa femme. « Elle n’est pas coupable envers vous, lui disait Mina : vous l’avez abandonnée le premier, et au milieu d’une foule d’hommes aimables, peut-être s’est-elle trompée en choisissant M. de Ruppert ; mais le bonheur de madame de Larçay ne doit pas être diminué du côté de l’argent. » Alfred lui laissa une pension de cinquante mille francs ; c’était plus de la moitié de son revenu. « De quoi aurai-je besoin ? écrivait-il à Mina. Je compte ne reparaître à Paris que dans quelques années, quand cette ridicule aventure sera oubliée.