Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/249

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les préjugés français ; elle avait besoin de s’expliquer par la différence de nation ce qu’elle était obligée de ne pas admirer en lui : ici Mina sentit le désavantage de l’éducation forte que lui avait donnée son père ; cette éducation pouvait facilement la rendre odieuse.

Dans son ravissement, elle avait l’imprudence de penser tout haut avec Alfred. Heureux qui, arrivé à ce période de l’amour, fait pitié à ce qu’il aime et non pas envie ! Elle était tellement folle, son amant était tellement à ses yeux le type de tout ce qu’il y avait de noble, de beau, d’aimable et d’adorable au monde, que, quand elle l’aurait voulu, elle n’aurait pas eu le courage de lui dérober aucune de ses pensées. Lui cacher la funeste intrigue qui avait amené les événements de la nuit d’Aix était déjà depuis longtemps pour elle un effort presque au-dessus de ses facultés.

Du moment où l’ivresse des sens ôta à Mina la force de n’être pas d’une franchise complète envers M. de Larçay, ses rares qualités se tournèrent contre elle. Mina le plaisantait sur ce fond de tristesse qu’elle observait chez lui. L’amour qu’il lui inspirait se porta bientôt au dernier degré de folie. « Que je suis folle de m’inquiéter ! se dit-elle enfin. C’est que