Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/250

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ROMANS ET NOUVELLES


j’aime plus que lui. Folle que je suis, de me tourmenter d’une chose qui se rencontre toujours dans le plus vif des bonheurs qu’il y ait sur la terre ! J’ai d’ailleurs le malheur d’avoir le caractère plus inquiet que lui, et enfin, Dieu est juste, ajoutat-elle en soupirant (car le remords venait souvent troubler son bonheur depuis qu’il était extrême), j’ai une grande faute à me reprocher : la nuit d’Aix pèse sur ma vie. »

Mina s’accoutuma à l’idée qu’Alfred était destiné par sa nature à aimer moins passionnémentqu’elle. « Fût-il moins tendre encore, se disait-elle, mon sort est de l’adorer. Je suis bien heureuse qu’il n’ait pas de vices infâmes. Je sens trop que les crimes ne me coûteraient rien, s’il voulait m’y entraîner. »

Un jour, quelle que fût l’illusion de Mina, elle fut frappée de la sombre inquiétude qui rongeait Alfred. Depuis longtemps il avait adopté l’idée de laisser à madame de Larçay le revenu de tous ses biens, de se faire protestant et d’épouser Mina. Ce jour-là, le prince de S. donnait une fête qui mettait tout Naples en mouvement, et à laquelle naturellement ils n’étaient pas invités ; Minase figura que son amant regrettait les jouissances et l’éclat d’une grande fortune. Elle le pressa