Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/257

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leurs voisins ; quant aux mécréants, ils se seraient bien gardés de manifester leur incrédulité, car on les aurait impitoyablement massacrés. Mon oncle, les yeux fixés sur ces saintes images, et ravi en extase, s’écria : « Je les ai vues ; elles ont ouvert et fermé deux fois les yeux. » Pour moi, pauvre enfant, fatigué de me tenir debout, et surtout d’avoir longtemps marché les pieds nus, je me pris à pleurer ; mon oncle m’imposa silence par un soufflet, en ajoutant qu’il fallait m’occuper de la Vierge et non de mes pieds. Nous étions encore dans l’église, quand nous vîmes un tailleur, nommé Badaschi, arriver avec sa femme et un jeune enfant tellement boîteux qu’il pouvait à peine se servir de ses crosses ; ces bons parents placèrent leur fils sur la plate-forme de l’autel et commencèrent à crier : Grazia ! grazia ! Et après avoir répété la même exclamation pendant une demi-heure, en s’adressant tantôt au Christ, tantôt à la Vierge, la mère dit à son fils : « De la foi, mon enfant, de la foi ! » Alors ils s’éloignèrent du patient et l’abandonnèrent à la Providence en continuant de crier : « De la foi, enfant ! jette tes crosses ! » Le pauvre enfant obéit, et, privé ainsi de son support il tomba de la hauteur de quatre marches, la tête contre le pavé. Sa mère, au bruit de