Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/256

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populaire accueillit avec confiance ce pieux mensonge ; on fit des processions ; on illumina la ville, et tous les fidèles s’empressèrent d’aller porter leurs offrandes à l’église. Mon oncle, curieux de voir lui-même le miracle dont on faisait tant de bruit, forma une procession de tous les gens de sa maison, se mit à leur tête en habit de deuil et un crucifix à la main, et je l’accompagnai en portant une torche allumée. Nous avions tous les pieds nus, dans la ferme persuasion que plus nous témoignerions d humilité, plus la Vierge et son fils prendraient pitié de nous et seraient disposésà nous montrer leurs yeux ouverts. Ainsi rangés, nous nous rendîmes à l’église de Saint-Marcel, où nous trouvâmes une foule immense, criant sans relâche : « Vive Marie ! vive Marie et son divin Créateur ! » Des soldats, placés à la porte, fermaient le passage à la foule réunie autour de l’église, et ne laissaient entrer que les processions. Le passage nous fut ouvert sans difficulté et nous arrivâmes bientôt auprès de la balustrade où nous nous prosternâmes devant les images de la Viergeet de son fils. Le peuple criait : « Voyez-vous, elles viennent d’ouvrir les yeux ! » La plupart étaient placés de manière à ne rien voir, mais ils répétaient de confiance l’exclamation de