Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/263

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au contraire, à nous maintenir dans l’ignorance et à étouffer dans nos cœurs, par l’injuste rigueur des châtiments, le germe de toutes les vertus. Heureusement pour moi l’excès du mal hâta le terme de mes souffrances. Un jour, j’arrivai trop tard au collège, et contre mon habitude, je ne savais pas parfaitement ma leçon, mon pédant fit aussitôt venir le correcteur, espèce de constable chargé par le gouvernement d’exécuter les sentences des professeurs. Je reçus vingt férules sur les mains, dont je souffris cruellement, et après cette exécution, je retournai m’asseoir à mon banc, sans pouvoir dissimuler ma douleur et mon indignation. Je fus malavisé, car le professeur, voyant mon mécontentement, ordonna une nouvelle punition. Ce supplément n’était pas de mon goût, je refusai de m’y soumettre ; mais mon juge menaça de recourir à la force si je persistais dans mon refus. À cette menace, comme il n’y avait d’autres ressources que la fuite, pour échapper au danger, je saisis vivement plumes, papiers, canif, encrier, et jetai le tout à la tête du pédant, qui en fut quitte pour la peur. C’est ainsi que je lui fis mes adieux. Mes condisciples éclataient de rire. Cependant, sur l’ordre du maître, ils se mirent à me cou-