Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/285

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oncle fut du nombre et sacrifia un emploi lucratif à la crainte que lui inspiraient les foudres de l’Église. Commeje ne partageais pas ses pieux scrupules, je me rendis à Foligno, ville située à environ cent milles de Rome, pour y administrer, au nom du gouvernement français, les propriétés nationales. Je renonçai à mon grade de sous-lieutenant, et avant de partir, j’allai prendre congé de mon oncle et de ma mère, en leur faisant part de ma résolution. Le mari de ma mère avait embrassé les opinions de mon oncle, et s’était résigné aux mêmes sacrifices. L’accueil que je reçus fut très froid, et l’on me prédit que j’aurais bientôt lieu de pleurer avec tous les partisans de Napoléon. Cette prédiction me parut fort plaisante, et après avoir essayé en vain de ramener mes chers parents à mon opinion, je les quittai pour me mettre en route. Le caractère de mes compagnons de voyage mérite que j’en dise quelques mots. C’était un avocat, déjà sur le retour, allant avec sa jeune épouse à Foligno, où il devait exercer des fonctions administratives, et un frère capucin, qui retournait dans son couvent de Perugio. Ce dernier pouvait avoir environ soixante ans. La goutte ne l’avait pas épargné, mais malgré ses souffrances, il était de si belle humeur, qu’il