Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/286

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nous égaya pendant tout le voyage ; d’ailleurs homme de mérite et qui avait été le prédicateur et le confesseur de la reine de Naples, épouse de Ferdinand IV. Ce prince s’étant retiré en Sicile, notre capucin, ennuyé du séjour de Palerme, retournait à son couvent. Si je répétais ici tout ce qu’il nous raconta, je craindrais de blesser les oreilles délicates ; surtout il ne ménageait guère la réputation de sa royale pénitente. Voici, entre mille, un trait qui me réjouit fort. La reine avait un amant ; c’était pour elle un plaisir, un passe-temps indispensable. Le frère le lui défendit,refusant même l’absolution si elle ne changeait ce train de vie. La reine, sans se décourager, revint à la charge ; même réponse ; le confesseur était inflexible. « Je ne puis vous absoudre, vous ne voulez point vous amender, et vous retombez sans cesse dans le même péché.» Il s’obstinait ; la reine ouvrit alors sa bourseet en tira un certain nombre de pièces d’or : «Si vous voulez me donner l’absolution, vous prendrez cet argent et vous direz quelques messes pour obtenir de Dieu que je me corrige.» L’argument était puissant, le capucin ne sut pas y résister, il prit l’argent, donna l’absolution, et promit de prier pour la conversion de la princesse. « C’est ainsi, nous