Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/292

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écus : ce sera un écu par tête. »Alors je tirai de ma poche une bourse de quinze louis. « Prenezcette bourse, leur dis-je,elle est à votre disposition. » Ils accueillirent cette libéralité par des murmures. « Nous ne sommes pas des assassins, s’écrièrent-ils, nous n’en voulons point à votre bourse ; nous avons demandé huit couronnes et nous n’en voulons pas davantage. » Je les leur donnai de bon cœur ; puis ils me dirent : « Allez, que Dieu soit avec vous, mais ne vous relevezpas avant que nous ne soyons à deux cents pas d’ici. » Réfléchissant aussitôt que s’ils quittaient la bride de mon chevalil était perdu pour moi, parce qu’il avait l’habitude de prendre le galop dès qu’il se sentait libre, je leur dis : « Mes bons amis, puisque vous m’avez traité si généreusement, faites-moi encore la grâce de tenir mon cheval, jusqu’à ce que je sois remonté dans le cabriolet, je promets de ne pas lever les yeux sur vous, et je jure sur l’honneur que je n’ai l’intention ni de vous connaître, ni de vous nuire. — Couvrez-vousdonc les yeux avec un mouchoir, pour plus de sûreté. » Ainsi fis-je, et je montai lestement sur ma voiture, après quoi je quittai mes nouveaux amis en leur souhaitant le bonsoir. Je pressai mon cheval et j’arrivai à Monterosi, à peine remis de mon effroi ; là,