Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/291

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çais, ils m’auraient tué sur l’heure. « Je suis, leur dis-je, un commerçant : je voyage pour mes affaires. » — D’où venez-vous ? — De Foligno. » Ils se mirent alors à délibérer sur le parti qu’ils devaient prendre : l’un d’eux disait : « Je crois qu’il nous trompe ; ce doit être un agent. — Non, répondait un autre, s’il l’était il n’oserait pas voyager seul, pendant la nuit. » Un troisième disait : « C’est certainement un marchand qui voyage de nuit pour éviter les frais d’auberge. » Après ce colloque, l’un d’eux me dit : « Êtes-vous réellement un commerçant ? — Sans doute, mes amis, leur répondis-je, vous pouvez vous en assurer. Loin d’être un agent du gouvernement français, j’ai fait de grands sacrifices pour m’exempter de la conscription. — Voyez-vous, s’écria l’un d’eux, il a été conscrit ! » Puis il ajouta, en s’adressant à moi : « Rassurez-vous, nous sommes nous-mêmes des conscrits réfractaires, et non des assassins, nous avons gagné les montagnes, parce que nous ne voulons pas servir Napoléon. Si nous rencontrons quelqu’un de ses agents, gendarmes ou soldats, nous ne leur faisons pas de quartier ; mais pour les simples voyageurs, nous nous contentons de leur demander une légère contribution ; ainsi nous vous tiendrons quitte pour huit