Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/297

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cacher. J’ai eu le tort impardonnable de me fier à la parole d’honneur de Rotoli. Il n’y a plus de remède, ma bonne foi m’a perdu, et je dois en subir les conséquences ; j’essaierai cependant de vous donner sur mes crimes les détails les plus exacts ; la seule faveur que je vous demande, c’est de m’accorder, avant ma mort, une heure d’entretien avec ma femme.» Le président lui en donna sa parole. — « J’y compte ; elle vaudra mieux sans doute que celle de Rotoli, qui me promettait la vie et qui me traîne à la mort. — N’en doutez pas, je vous le promets. — Bien, nous verrons ce que deviendra cette promesse. »

Il disait tout cela d’un ton de gaieté : puis il ajouta : « Nous sommes ici dix accusés ; mais tous n’ont pas mérité la mort ; j’éclairerai votre justice et je saurai vous faire distinguer l’innocent du coupable. »

Après cette scène préliminaire, on procéda à l’audition des témoins. À chaque déposition, Spatolino relevait quelque inexactitude : « Votre mémoire est en défaut, disait-il au témoin, j’ai commis cet assassinat de telle ou telle manière ; » et il entrait dans les détails les plus minutieux, sans omettre les circonstances qui aggravaient ses crimes, occupé seulement d’envelopper dans sa perte quatre de ses compagnonset de sauver les quatre autres,