Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/315

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moi, manger une salade à Murano ; ce fut là qu’il disparut. Pendant ce temps, mes deux beaux-frères volaient tous les meubles rassemblés dans ma chambre, et malheureusement ils n’étaient pas entièrement payés.

Mon crédit était ruiné ; mes beaux-frères, qu’on voyait toujours avec moi, depuis un an, étaient allés raconter à mes marchands fournisseurs que j’étais à Chiazzia, où je vendais ce que je voulais ; que de là je les envoyais faire une levée de marchandises. En un mot, au moyen de toute espèce de tromperies, ils avaient volé pour plus de deux cents francs. Je vis qu’il fallait me sauver de Venise ; je plaçai Stella comme bonne d’enfants chez cet orfèvre qui me confiait des colliers à vendre.

Le lendemain, de bonne heure, ayant terminé mes affaires, je donnai vingt francs à Stella, n’en gardant que six pour moi, et je pris la fuite. Jamais je n’avais été plus ruiné, puis je passais pour un voleur. Heureusement, dans mon désespoir, j’eus l’idée, en arrivant à Padoue, d’écrire la vérité aux marchands de Venise, chez lesquels mes beaux-frères avaient pris des marchandises. Je sus le lendemain qu’il y avait ordre de m’arrêter, et la gendarmerie du royaume d’Italie ne badinait pas.

Un fameux avocat de Padoue était