Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/314

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curer. (Ils plongeaient les sequins et les napoléons dans un bain d’eau-forte.) Le fourrier avait été mis en prison, et de peur d’inspirer des soupçons, celui qui était garçon de caisse chez le pagalore ne voulait faire aucune démarche en sa faveur. Stella ne me demandait pas d’aller à la citadelle ; de mon côté je ne prononçai pas ce nom, mais je la priai de m’attendre le lendemain soir…

— Mais nous voici bien loin, dis-je, de la malédiction dont vous avez été victime en France.

— Vous avez raison, dit le juif ; mais, si vous ne voulez pas que j’achève en peu de mots, je vous le promets, l’histoire de mon mariage, je me tairai ; je ne sais pourquoi, aujourd’hui j’aime à parler de Stella.

À force de peines, je fis évader son frère le fourrier. Ils m’accordèrent la main de leur sœur, et firent venir leur père, pauvre juif d’Inspruck. J’avais loué un appartement heureusement payé d’avance ; j’y avais réuni quelques meubles. Mon beau-père alla chez tous ses parents à Venise et leur annonça qu’il mariait sa fille. Enfin, mais après une année de soins, la veille du mariage, il décampa avec plus de six cents francs, qu’il avait ramassés chez ses parents. Nous étions allés, sa fille, lui et