Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/317

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madame Filippo, dirent tous ceux qui l’écoutaient.

— Oui, messieurs, et enfin voici venir l’histoire de mes voyages, et, après, la malédiction.

J’avais plus de cent louis de capital. Je vais conter l’histoire d’une nouvelle réconciliation avec ma mère, qui me vola encore, puis me fit voler par ma sœur. J’avais quitté Venise, voyant bien que, tant que j’y serais, je ne pourrais qu’être dupe de ma famille ; je m’étais établi à Zara, où je faisais merveille.

Un capitaine de Croates, auquel j’avais fourni une partie de l’habillement de sa compagnie, me dit un jour : « Filippo, voulez-vous faire fortune ? Nous partons pour la France. Apprenez une chose : c’est que, sans qu’il y paraisse, je suis ami du baron Bradal, le colonel du régiment. Venez avec nous comme cantinier. Vous gagnerez beaucoup ; mais ce métier ne sera qu’un prétexte ; le colonel, avec lequel je suis brouillé en apparence, me fait charger de toutes les fournitures du régiment ; j’ai besoin d’un homme intelligent, vous serez mon homme.»

Que voulez-vous, messieurs, je n’aimais plus ma femme.

— Quoi ! dis-je, cette pauvre Stella, qui vous avait été si fidèle ?