Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/318

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— Le fait est, messieurs, que je n’aimais plus que l’argent. Ah ! je l’aimais bien !

Tout le monde se mit à rire, tant il y avait de vraie passion dans cette exclametion du juif.

— Je fus nommé cantinier ; je quittai Zara.

Au bout de quarante-huit jours de marche, nous arrivâmes au Simplon. Les cinq cents francs que j’avais pris avec moi à Zara étaient devenusquinzecents francs, et, de plus, j’avais une jolie charrette couverte et deux chevaux. Au Simplon commencèrent les misères : je faillis perdre la vie, je passai plus de vingt-deux nuits dormant en plein air par le froid.

— Ah ! dis-je, vous fûtes obligé de bivaquer.

— Je gagnais chaque jour cinquante ou soixante francs ; mais, chaque nuit, par la rigueur du froid, j’étais exposé à périr. Enfin, l’armée passa cette effroyable montagne ; nous arrivâmes à Lausanne ; là, je m’associai avec Il était marchand le brave homme ! Il était marchand d’eau-de-vie. Moi, je sais vendre en six langues différentes ; lui était bon pour acheter. Ah ! l’excellent homme ! Seulement il était trop violent ; quand un Cosaque ne voulait pas payer sa consom-