Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/327

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mourais d’envie d’épouser Catherine ; à compte je lui avais donné une robe et un chapeau venus de Lyon. Quand nous allions à la promenade, son frère, elle et moi, tout le monde avait les yeux sur Catherine ; c’était réellement la plus belle fille que j’aie vue de ma vie. « Si tu ne veux pas de moi pour ta femme, me disait-elle souvent, je resterai avec toi comme servante ; seulement, ne me quitte jamais. »

Elle allait avant moi à ma boutique, pour m’épargner la peine de l’ouvrir. Enfin, monsieur, j’étais absolument fou d’amour et elle dans un état semblable, mais nous étions toujours sages.

À la fin de l’automne (de 1814), les alliés quittèrent Valence. « Les cabaretiers de cette ville pourraient bien m’assassiner, dis-je à Bonnard ; ils savent que j’ai fait de l’argent ici. — Pars si tu veux, répondit Bonnard en soupirant ; nous ne voulons forcer personne ; mais, si tu veux rester avec nous et épouser ma sœur,je lui donnerai la moitié de mon bien ; et, si quelqu’un te dit plus haut que ton nom, laisse faire à moi. »

Je retardai trois fois le jour de mon départ. Enfin, les dernières troupes de l’arrière-garde étaient déjà à Lyon quand je me résolus à partir. Nous passâmes