Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/328

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



la nuit à pleurer, Catherine, son frère et moi. Que voulez-vous, monsieur ? je manquais mon bonheur de ne pas rester avec cette famille ; Dieu ne voulait pas que je fusse heureux.

Enfin, je partis le 7 novembre 1814. Je n’oublierai jamais ce jour-là ; je ne pouvais pas conduire ma charrette ; je fus obligé de prendre un homme à moitié chemin de Valence à Vienne.

Le surlendemain du départ, comme j’attelais mon cheval à Vienne, qui vois-je arriver dans l’auberge ? Catherine. Elle me sauta au cou tout de suite. Elle était connue dans l’auberge ; elle venait, soi-disant, pour voir une tante qu’elle avait à Vienne. « Je veux être ta servante, me répétait-elle en pleurant à chaudes larmes ; mais, si tu ne veux pas de moi, je me jetterai dans le Rhône, sans aller chez ma tante. »

Toute l’auberge se rassembla autour de nous. Elle qui était si réservée et qui, d’ordinaire, devant le monde, ne me disait jamais rien, elle parlait et pleurait sans nulle retenue, m’embrassant devant tout le monde. Je la fis bien vite monter sur ma charrette, et nous partîmes. À un quart de lieue de la ville, j’arrêtai. « Il faut ici nous dire adieu, » lui dis-je. Elle ne disait plus rien, elle me serrait la tête