Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/334

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Comme j’étais bourrelé par cette pensée sinistre, un douanier qui me courait après, en criant, me joignit. « Il faut que tu me donnes vingt francs, chien de juif ; les autres là-haut m’ont trompé ; je n’ai eu que cinq francs au lieu de dix, et j’ai eu la peine de te courir après. » Il était presque nuit ; cet homme était ivre et me disait des injures. « Quoi, me dis-je, je vais encore diminuer imprudemment ma pauvre petite somme de cent francs ! »

Le douanier me prit au collet, le démon me tenta, je lui donnai un coup de couteau et le jetai dans le torrent, à quinze ou vingt pieds au-dessousde la route ; ce fut le premier crime de ma vie. « Je suis perdu ! » me dis-je.

En approchant de Suze, j’entendis du bruit derrière moi ; je mis mon cheval au galop ; il s’emporta, je ne pus plus le retenir, la voiture versa, et je me cassaila jambe. « Catherine m’a maudit, pensai-je ; le ciel est juste ; je vais être reconnu et pendu dans deux mois. »

Rien de tout cela n’arriva.


٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠
٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠٠

FIN DU PREMIER VOLUME