Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/333

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que terrible malédiction que Catherine avait lancée contre moi. Vive et passionnée comme elle l’était, jeune (elle avait alors juste vingt ans), belle, innocente, car elle n’avait eu de faiblesse que pour moi, qu’elle voulait servir et honorer comme son mari, sa voix trouva probablement accès auprès de Dieu, et elle le pria de me punir sévèrement.

J’achetai un passe-port et un cheval. Je ne sais comment je vins à penser au pied du mont Cenis que c’était là une frontière ; j’eus l’idée, avec mes cinq cents francs, de faire un peu de contrebande ; j’achetai des montres, que je plaçai dans le secret. Je passais fièrement devant le corps de garde des douaniers ; ils me crièrent d’arrêter mon cheval ; moi qui avais fait tant de contrebande dans ma vie, j’entrai la tête haute au corps de garde ; les douaaiers allèrent droit à ma charrette ; probablement j’avais été vendu par l’horloger ; ils me prirent mes montres ; j’encourais en outre une amende de cent écus ; je leur donnai cinquante francs, ils me laissèrent aller ; je n’avais plus que cent francs.

Ce malheur me réveilla. « Comment, me disais-je, en un jour, en un moment, être réduit de cinq cents francs à cent francs ! Je vendrais bien le cheval et la charrette, mais il y a loin d’ici à Zara !