Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/55

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LE ROSE ET LE VERT


hart, maintenant en prison dans une forteresse de Silésie comme partisan du gouvernement à bon marché.

Ce fut cette éducation singulière pour une jeune fille qui causa sans doute tous ses malheurs. Élevée au Sacré-Cœur du pays et en adoration perpétuelle devant les croix conférées à un brave diplomate par des souverains protecteurs de l'ordre, elle eût sans doute été fort heureuse, car elle était destinée à être fort riche.


Six semaines après le bal, Pierre Wanghen, à peine âgé de cinquante ans, mourut subitement, laissant à sa fille unique deux millions de thalers (à peu près sept millions et demi de francs). La douleur de Mina passa toute expression, elle adorait son père dont elle était l'orgueil et qui réellement avait fait pour elle des choses montrant une affection romanesque. Il faut savoir qu'en Allemagne le culte de l'argent n'ossifie pas tout à fait le cœur. Toutes les pensées de Mina furent bouleversées par cet évènement cruel. Elle avait toujours compté que son père serait son ferme appui et son ami pendant toute sa vie. Sa mère, fort jeune et fort jolie, lui semblait presque une sœur. Qu'allaient-elles devenir, faibles femmes,