Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/61

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LE ROSE ET LE VERT


élevé de quatre pieds au-dessus de la rue, des miroirs d'un pied de haut, portés sur un petit bras de fer et un peu inclinés en dedans. Par l'effet de ces miroirs inclinés les dames voient les passants qui arrivent du bout de la rue, tandis que, comme nous l'avons dit, l'œil curieux de ces messieurs ne peut pénétrer dans l'appartement, au travers des toiles métalliques qui aveuglent le bas des fenêtres. Mais s'ils ne voient pas, ils savent qu'on les voit et cette certitude donne une rapidité particulière à tous les petits romans qui animent la société de Berlin et de Kœnigsberg. Un homme est sûr d'être vu tous les matins et plusieurs fois, par la femme qu'il préfère ; même, il n'est pas absolument impossible que le chassis de toile métallique ne soit quelquefois dérangé par un pur effet du hasard etne permette pas au promeneur d'apercevoir la jolie main de la dame qui cherche à le remettre en place. On va même jusqu'à dire que la position de ces châssis peut avoir un langage. Qui pourrait le comprendre ou s'en offenser ?

C'était donc dans le plus bel appartement de la ville arrangé ainsi, comme tous les autres, que Mina passait sa vie travaillant à côté de sa mère et de leur cousine, Mme de Strombek, jeune veuve