Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
21
LE ROSE ET LE VERT


peu convenable en France, mais en revanche Mina n'avait pas de meilleure amie que sa mère ; mais aussi, dès sa première enfance, elle était accoutumée à disposer de son temps dans l’intérieur de la maison absolument comme il lui convenait. Dans les pays allemands une jeune fille perd de sa liberté en se mariant.

Madame Wanghen, voyant que Mina ne lui répondait point clairement sur l’éloignement qu'elle avait pris tout à coup pour la vue magnifique qui s'étend sur Frédéric-Gasse et au delà sur le superbe jardin anglais nommé Amalienruhe, cessa de lui en parler.

Mais un jour que, vers les trois heures après midi, pour jouir d’un beau soleil d’hiver, tout ce qu'il y avait d’aimable et de beau parmi les jeunes gens de Kœnigsberg se promenait à la Frédéric-Gasse dans un négligé savant qui va fort bien à la toilette allemande, Mina prit évidemment de l’humeur.

— Voudrais-tu, maman, dit-elle tout à coup, venir travailler dans le petit salon bleu ?

— Mais, ma chère amie, le salon bleu n'est agréable que le soir, il donne sur la cour et rien de plus triste un jour d’hiver. Quoi ! tu veux quitter ce beau soleil de printemps pour aller nous établir dans