Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/71

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LE ROSE ET LE VERT


Wanghen, croyant avoir mal compris.

— Que tous ces jeunes gens, réunis là, dans le vil motif de gagner les millions de ma dot, et dans ce but affectant tous les dehors d’un sentiment tendre, me font horreur. Aucun d’eux n'a garde d’être jaloux de son voisin et, qui sait ? peut-être quand je regarde par hasard dans la rue, suivant mon ancienne habitude, celui sur lequel le hasard a fait tomber mon regard s'en vante avec ses amis et pour ce jour-là passe pour le préféré.

— Ah ! nous y voilà enfin. Tu avais un jour distingué un de ces jeunes gens qui n'a répondu à tant de bonheur que par de l’indifférence ? Le monstre !

— Jamais je ne serai indifférente, moi, pour aucun d’eux, dit Mina avec le regard tranquille de la naïveté ; tous me révoltent également. N'est-il pas vrai que depuis un mois une quantité étonnante de jeunes négociants du nord de l’Allemagne se soit donnée comme rendez-vous à Kœnigsberg et surtout qu’[ils] se soient faits tous recommander à Wilhelm ? Le général von Landek me l’a fait remarquer.

— C'est que, sans vanité, ou avec vanité, notre maison passe pour la première de Kœnigsberg.

— Eh bien ! la réunion de ces jeunes