Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
31
LE ROSE ET LE VERT


vie est attaché à ce mensonge. À cause de ces millions jamais je ne pourrai croire qu’on m'aime. Ainsi je suis plus malheureuse que si j’étais bossue : une malheureuse jeune fille avec ce défaut peut espérer que son bon caractère, que sa patience toucheront quelqu’un, mais je suis marquée de ce sceau fatal par le destin, jamais je ne pourrai croire que je suis l’objet d’une préférence réelle, etc., etc.

Madame Wanghen avait l’air fort étonnée ; Wilhelm Wanghen le chef actuel de la maison vint voir ces dames le soir, comme c'était son habitude. Mina lui demanda un moment d’entretien et passa dans un salon voisin. Là elle lui fit la proposition de la faire passer pour entièrement ruinée.

Ce sage banquier d’abord ne comprit pas, puis fut fort scandalisé.

— Folie ! folie ! s'écriait-il par moments, durant la harangue de Mina. Quoi, ma chère cousine, s'écria-t-il enfin, quand Mina lui donna le temps de parler, vous permettriez que le mot de ruine fût accolé au beau nom de Wanghen, sans tache jusqu’ici ? Vous manqueriez à ce point, permettez-moi d’aller jusqu’à cette extrémité, à ce que vous devez à votre mémorable père ?

Wilhelm finit par refuser absolument.