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ROMANS ET NOUVELLES

— Eh bien, en ce cas, dit Mina en colère, votre prétendue reconnaissance pour votre bienfaiteur ira-t-elle jusqu’à trahir sa fille ? Si ma mère, par pure bonté pour moi, me permettait de nous faire passer pour ruinées, nous trahiriez-vous ? répondez, Wilhelm ?

Le négociant, un peu ému par ce mot de manque de reconnaissance, demanda vingt-quatre heures pour réfléchir à une proposition si étrange.

— Demandez-moi, ma cousine, un quart de ma fortune, elle n'est pas bien considérable cette fortune, eh bien, je vous donne plutôt ce quart. Vous verrez alors si je mérite ce mot cruel : manque de reconnaissance envers la famille de Pierre Wanghen.

Le soir, et ce fut pour la première fois de leur vie, il y eut du froid entre la mère et la fille. Celle-ci demanda la permission de se coucher de bonne heure. Madame Wanghen soupa seule, fort affligée, et écrivit à Wilhelm pour le prier de passer chez elle le lendemain matin à six heures avant que Mina fût levée.

Ces deux bons cœurs allemands réunis le lendemain déplorèrent à l’envi la folie de Mina. Wilhelm démontra sans peine à Madame Wanghen que, quand bien même leur intérêt lui permettrait de se