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ROMANS ET NOUVELLES


avait pas un moyen légitime de satisfaire l’étrange résolution de Mina. La richesse ou la pauvreté n'est après tout, se disait-elle, qu’une condition secondaire de la vie. Supposons que mon mari se fût ruiné les dernières années de sa vie et nous eût laissées avec mille thalers de rente, en aimerais-je moins ma fille ? En serions-nous moins unies ?

Mais le neveu de Pierre Wanghen était fort insensible à ces sortes de raisonnements, il y voyait une folie pure. Madame Wanghen, voyant que le temps s'écoulait rapidement, finit par dire à son neveu :

— Allez de grâce, mon cher neveu, chez le fameux avocat Willibald, suppliez-le de venir à l’instant chez moi pour une consultation, obtenez sa parole d’honneur qu’il ne communiquera jamais à personne au monde la question que l’on va lui soumettre. Je veux le faire déjeuner avec ma pauvre Mina ce matin. Je ne puis pas rester en froid avec elle. Son père du haut du ciel me le pardonnerait-il ? Je mourrais trop heureuse si je puis prouver à Mina que, quand même j’y consentirais, la chose est physiquement impossible.

— Je dirai un mot à l’avocat.

— Gardez-vous en bien, mon cher ami, ne lui dites rien, je vous en prie, qui puisse