Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/77

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LE ROSE ET LE VERT


lui faire croire qu’il m'obligera en donnant telle réponse plutôt que telle autre. d’abord je répugne à ce moyen et ensuite Mina lirait dans ses yeux qu’il a été prévenu et au lieu de jeter l’odieux de la chose sur l’impossibilité matérielle, j’en prendrais encore une bien plus grande partie. Moi, suborner un avocat appelé en consultation !

— Vous avez raison sur tout, Mina devinerait tout ce que nous aurions fait. Tenez, voulez-vous que je vous le dise ? Elle a trop d’esprit. Et ce fut une erreur de mon excellent oncle d’aller lui chercher pour répétiteur d’histoire ce fou d’Eberhart. Autre faute, complément de la première, d’aller promettre à ce diable de métaphysicien une rente viagère de mille thalers (3.370 francs) si, arrivée à l’âge de seize ans, Mina obtenait dans Kœnigsberg la réputation d’une fille d’esprit. Eh bien, elle jouit de cette réputation ; elle est plus souvent citée pour son esprit que pour sa beauté, vous voyez ce qui en arrive. Qu’est-ce que cet esprit produit pour son bonheur réel ? comme si d’être la plus jolie fille de la ville ne suffisait déjà pas. D’après ce que je vois, cet avantage poussé à ce point n'est pas même à désirer.

L’avocat Willibald arriva en habit noir et en grande tenue dès neuf heures