Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/87

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
45
LE ROSE ET LE VERT


voyant libre comme l’air, tu seras plus singulière que jamais.

— Le général ne nous disait-il pas qu’on ne peut espérer de réussir un peu, parmi ces aimables Français, qu’autant qu’on parvient à les étonner un peu ? Et pour frapper ces imaginations ironiques ne faut-il pas qu’un étranger soit un peu différent [1] de ce qu’ils s'attendent à vous trouver ? Certes, comme je te l’ai promis, je chercherai à cacher ce qu’il peut y avoir de singulier dans ma façon de penser ; mais d’abord ce que nous appelons singulier doit être tout naturel en ce pays-là, et ensuite si malgré moi on s'apercevait de quelque chose, ce sera une distinction et non pas un désavantage.

— Mais alors pourquoi refuser la première des distinctions ? Tu sais que le général von Landek nous a répété plusieurs fois que dès qu’un Français devient riche il adopte un second nom, moins vulgaire que le premier. Pourquoi ne serais-tu pas Mademoiselle Wanghen de Diepholtz, tu sais que cette terre est la plus belle de toute la Prusse orientale, elle rapporte quarante mille thalers et ton père l’a achetée en ton nom il y a dix-huit ans le jour de ton baptême.

  1. Peu féminin.