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ROMANS ET NOUVELLES

— Oui, ma mère, mais un jour arrivera à Paris quelque bon négociant prussien qui dira que jamais à Kœnigsberg on n’a entendu parler de Mademoiselle de Diepholtz et, vois-tu, si j’avais à craindre de rougir de quelque chose, il me semble que je resterais muette. Je trouve impertinents les privilèges de la noblesse. Je quitte une patrie où ces priviléges m’offensent, et ce serait être encore sous leur empire que de profiter du changement de pays pour donner à mon nom les apparences de la noblesse. Nous arrivons dans une ville où un seul quartier, dit-on, le faubourg Saint-Germain, songe au manque de naissance. Eh bien ! ne nous logeons pas dans ce quartier. J’espère bien être l’égale de tout le monde.

— Oserais-tu bien faire serment que tu n’espères pas être supérieure ? reprit Madame Wanghen en riant.

Tels furent pendant le rapide voyage les entretiens de Mina et de sa mère.

Madame Wanghen à peine âgée de quarante-six ans[1] avait encore toutes les apparences de la jeunesse, de sa vie elle n’avait voulu de mal à personne, ce qui lui donnait un certain air de bonté qui cachait un peu son esprit. Elle en avait

  1. Chronologie : madame Wanghen a quarante-six ans et sa fille dix-huit.