Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/97

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LE ROSE ET LE VERT

— C'est possible, il faut bien qu’il y ait un pourquoi à cette conduite, mais enfin, s'il faut tout dire, je ne devine point cette raison secrète.

— Ces dames ont-elles encore refusé notre dîner de mardi ?

— Non, Madame Wanghen a voulu accepter.

— Nous verrons comment la superbe Mina sera mise.

Le baron ne voulant pas compromettre la sûreté de son coup d’œil ne fit point dîner les dames Wanghen avec ses nouveaux amis de la bonne compagnie. Il comprit bien qu’il faudrait leur expliquer Mina et il trouvait trop simple et voisine du ridicule la seule réponse qu’il eût à faire et qui mettait en fureur sa femme, là baronne de Vintimille : « Elle est ce qu’elle paraît : gaie, fort instruite et folle de Paris. »

Le dîner auquel il l’avait invitée n'était qu’un dîner de gens à argent.

La plupart étaient nés pauvres, quelquesuns, simples ouvriers, et comme le disait M. de Vintimille, ce n'en était pas moins un dîner de vingt millions. En fait de gens insignifiants, c'est-à-dire ne comptant point dans les millions, il y avait un neveu du maître de la maison, chef d’escadron dans un régiment de lanciers,