Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/96

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ROMANS ET NOUVELLES


bizarre. Quelle est cette manie de ne vouloir jamais être mise avec tout le luxe qui est d’étroite convenance pour une personne si riche ? Elle est au-dessous de la position où le ciel l’a placée. Je suppose qu’elle vient ici dans le dessein d’épouser quelque duc français. Eh bien ! quel est le jeune homme qui se respecte un peu et qui voudrait cet éternel négligé et de ces courses continuelles et horriblement fatigantes ?

— Ces dames n'ont rien dit à notre ami Bonnevin, le notaire, que j’avais introduit exprès dans leur intimité. Il en a été pour sa course à Chantilly qui a duré deux grands jours. Ces dames y allant, il a supposé une affaire importante à examiner dans les environs. Il a fait tout au monde pour se faire parler mariage ; ces dames ne lui ont parlé que du grand Condé.

— Mais vos lettres de Kœnigsberg sont-elles toujours sur le même ton ?

— Toujours, pas la moindre faute d’orthographe dans la conduite de la mère ou de la fille. La fortune est même plus considérable que ce qu’elles disent et il n'est aucun jeune homme de ce pays-là qui ne fût ravi d’être choisi par Mademoiselle Wanghen.

— Mais alors, elle est éprise de quelque être inférieur et qu’elle ne peut pas épouser.