Page:Stendhal - Souvenirs d’égotisme, 1927, éd. Martineau.djvu/138

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chose qu’un abominable égotisme ! À quoi bon étaler de la grâce de pédant comme M. Villemain dans un article d’hier sur l’arrestation de M. de Chateaubriand ?

Si ce livre est ennuyeux, au bout de deux ans il enveloppera le beurre chez l’épicier ; s’il n’ennuie pas, on verra que l’égotisme, mais sincère, est une façon de peindre ce cœur humain dans la connaissance duquel nous avons fait des pas de géant depuis 1721, époque des Lettres persanes de ce grand homme que j’ai tant étudié : Montesquieu.

Le progrès est quelquefois si étonnant que Montesquieu en paraît grossier[1].

Je me trouvais si bien de mon séjour à Londres depuis que toute la soirée je pouvais être bonhomme, en mauvais anglais, que je laissai repartir pour Paris le baron, appelé par son bureau, et Barot, appelé par ses affaires de Bacarat et de Cardes. Leur société m’était cependant fort agréable. Nous ne parlions pas beaux-arts, ce qui a toujours été ma pierre d’achoppement avec mes amis. Les Anglais

  1. Je suis heureux en écrivant ceci. Le travail officiel m’a occupé en quelque façon jour et nuit depuis trois jours (juin 1832). Je ne pourrais reprendre à quatre heures mes lettres aux ministres cachetées — un ouvrage d’Imagination. Je fais ceci aisément sans autre peine et plan que : me souvenir.