Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/113

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vait fort bien, dans un accès de désespoir, accueillir l’étranger.

En mettant le pied en Angleterre, on divisait aux pauvres les biens des trois cents pairs ; on proclamait la constitution des États-Unis d’Amérique, on organisait des autorités anglaises, on encourageait le jacobinisme, on déclarait qu’on avait été appelé par la partie opprimée de la nation, qu’on avait seulement voulu détruire un gouvernement aussi nuisible à la France qu’à l’Angleterre elle-même et qu’on était prêt à se retirer. Si, contre toute apparence, une nation dont le tiers est à l’aumône, n’écoutait pas ce langage, en partie sincère, on brûlait les quarante villes les plus importantes. Il était très probable que quinze millions d’hommes, dont un cinquième est poussé à bout par le gouvernement, et qui tous n’ont que du courage sans aucune expérience militaire, ne pourraient pas, de deux ou trois ans, résister à trente millions d’hommes obéissant avec assez de plaisir à un despote homme de génie.

Tout cela manqua parce qu’il ne se trouva pas de Nelson dans notre marine[1]. L’armée française quitta le camp de Boulogne pour une guerre continentale qui

  1. Ni Nelson, ni lord Cochrane. Voir l’histoire de l’amiral Villeneuve.