Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pereur Alexandre, ce qui était passablement absurde ; mais c’est une belle faute ; elle est d’un genre qui confond bien ses calomniateurs. Elle prouve en même temps qu’il n’était pas fait pour la politique. Il a toujours gâté la plume à la main ce qu’il avait fait avec l’épée. À son passage à Milan, il discuta avec Melzi le système continental qui était alors et, avec raison, son objet favori. Cette idée vaut mieux que toute la vie du cardinal de Richelieu. Elle a été sur le point de réussir et toute l’Europe la reprend[1].

Melzi lui représenta que la Russie avait des matières premières et point de manufactures et qu’il n’était pas probable que le czar fût longtemps fidèle à une mesure qui choquait si évidemment les intérêts des nobles, en ce pays si terribles au souverain. À quoi Napoléon, répondit qu’il comptait sur l’amitié personnelle qu’il avait inspirée à Alexandre[2]. Cette idée fit reculer l’Italien d’un pas. Napoléon venait de lui raconter une anecdote qui prouvait combien peu on pouvait compter sur le pouvoir d’Alexandre, même quand ses inclinations auraient été favorables à la France. À Tilsitt Napoléon marquait

  1. Un an de constance de plus et elle réussissait.
  2. On ne garantit pas tout ceci qui est littéralement traduit de l’Edinburgh review, n° 54.