Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/132

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Jamais la tête de Napoléon ne fut dans une activité plus étonnante. À chaque moment, il arrivait à une nouvelle idée qu’il envoyait proposer aussitôt aux ministres espagnols. Ce n’est pas dans un tel état d’angoisse qu’un homme peut feindre : on put voir à fond dans l’âme et dans la tête de l’empereur. Il avait l’âme d’un soldat généreux, mais une pauvre tête en politique. Les ministres espagnols refusant tout avec l’indignation de la générosité, jouaient le beau rôle. Ils partaient toujours du principe que Ferdinand n’avait aucun droit de disposer de l’Espagne sans le consentement de la nation[1]. Leurs refus réduisaient Napoléon au désespoir. C’était la première grande opposition qu’il éprouvait, et dans quelles circonstances ! Il se trouvait que l’absurde conseil d’Espagne faisait, par aveuglement, l’acte le plus éclairé et le plus embarrassant pour son adversaire. Dans cette anxiété mortelle, l’esprit de Napoléon se portait à la fois sur toutes sortes d’idées, sur toutes sortes de projets. Plusieurs fois par jour, il faisait appeler ses négociateurs ; il les envoyait aux ministres espagnols ; toujours même réponse : des plaintes et des refus ! Au retour de ses

  1. Principe jacobin repoussé par le congrès de Vienne.