Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/154

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quitta avec peine la vie voluptueuse qu’il s’était faite à Naples. Brave comme Philippe V, il n’était pas plus général que ce prince.

Les députés réunis à Bayonne reconnurent Joseph le 7 juin au soir. Le discours du duc de l’Infantado n’exprimant pas une reconnaissance formelle, Napoléon s’écria : « Il ne faut pas tergiverser, Monsieur ; reconnaître franchement, ou refuser de même. Il faut être grand dans le crime comme dans la vertu. Voulez-vous retourner en Espagne, vous mettre à la tête des insurgés ? Je vous donne ma parole de vous y faire remettre en sûreté ; mais, je vous le dis, vous en ferez tant, que vous vous ferez fusiller dans huit jours… non, dans vingt-quatre heures[1]. »

Napoléon avait trop d’esprit et de générosité pour exécuter cette menace. Dans le langage de l’armée française, on appelle cela : emporter son homme par la blague, ce qui veut dire éblouir un caractère faible.

Après douze séances, la convention termina ses travaux le 7 juillet. Elle avait rédigé une constitution pour l’Espagne. Le projet en avait été adressé, de Bayonne, à la junte du gouvernement de Madrid.

  1. Voir le discours du duc de l’Infantado, Moniteur du 18 juin. Les héros castillans, auteurs de M. le duc, auraient eu quelque peine à s’y reconnaître.