Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/159

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sauriseur, sans être avare ; il ne veut pas avoir de l’or comme l’avare, mais il ne sait que faire de sa fortune ; il passe sa vie, oisif et triste, en songeant à son orgueil, au fond d’un appartement superbe. Sang, mœurs, langage, manière de vivre et de combattre, en Espagne tout est africain. Si l’Espagnol était mahométan il serait un Africain complet. Consumé des mêmes feux, voué à la même retraite, à la même sobriété, au même goût de méditations et de silence ; féroce et généreux à la fois, hospitalier et inexorable ; paresseux et infatigable le jour où il se met en mouvement, l’Espagnol, brûlé par son soleil et sa superstition, offre tous les phénomènes du tempérament bilieux porté à l’extrême. D’ailleurs, comme le peuple hébreu, ne sortant jamais de chez lui, et restant étranger par préjugé national aux nations qui l’entourent. Toutes les courses de l’Espagnol se bornaient à l’Amérique où il trouvait un despotisme plus avilissant encore que celui de la péninsule. L’Espagnol ne paraît pas en Europe ; jamais de déserteur, d’artiste, de négociant espagnols. Il est peu connu et, de son côté, il ne cherche pas à connaître. L’Espagnol n’a qu’une qualité : il sait admirer.

À Bayonne, on fut généralement frappé du défaut de connaissances que les per-