Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/169

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voyageur. On a cru souvent Napoléon perfide, et il n’était que changeant. Voilà la disposition qui le rendait le prince de l’Europe le moins propre au gouvernement constitutionnel.

Il avait commencé par céder très sincèrement l’Espagne à Joseph : certainement, à Bayonne, il ne songeait pas à s’approprier une seule de ses provinces. En revenant de Benavente où, malgré tous les obstacles que la neige, l’hiver et les montagnes, peuvent entasser, il avait poursuivi les Anglais, il s’arrêta à Valladolid où il attendait avec impatience la députation de la ville de Madrid. Il fit appeler un homme de sa cour qui voyageait avec ces députés. Il brûlait de partir pour la France. Il était nuit, le temps affreux. Il ouvrait la fenêtre à chaque instant pour consulter l’état du ciel et s’assurer de la possibilité de marcher. Se retournant vers les gens de sa cour, il entassait les questions comme à son ordinaire, demandant avec vivacité ce que l’on ferait à Madrid, ce que voulaient les Espagnols. On lui disait qu’ils étaient mécontents ; là-dessus il entreprit de prouver qu’ils avaient tort, que le mécontentement n’était pas possible ; qu’un peuple raisonne toujours juste sur ses intérêts, que les Espagnols avaient à gagner la dîme,