Page:Stendhal - Vie de Napoléon.djvu/170

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l’égalité, les droits féodaux, la diminution de l’hydre du clergé. On lui répondait que, d’abord, l’Espagnol, ne sachant rien de l’état de l’Europe, n’avait pas d’yeux pour voir ces avantages ; mais qu’en revanche, il avait la fierté de ne vouloir avoir d’obligation à personne ; qu’enfin ce peuple était comme la femme de Sganarelle, qui voulait être battue. Il rit et continua avec véhémence en se promenant à grands pas : « Je ne connaissais pas l’Espagne ; c’est un plus beau pays que je ne le pensais. J’ai fait là un beau présent à mon frère ; mais vous verrez, les Espagnols feront des sottises et il me reviendra ; je le partagerai en cinq grandes vice-royautés. » Il était frappé de la tendance de l’Espagne vers l’alliance avec l’Angleterre. Il ne comptait pas plus sur les rois d’Espagne Napoléons que sur les rois d’Espagne Bourbons. Il sentait que les uns, comme les autres, profiteraient de la première occasion pour se rendre indépendants comme l’ont tenté les rois de Hollande et de Naples.

Il quitta Valladolid le lendemain de cette singulière indiscrétion, et franchit, en quelques heures de galop, les trente lieues qui séparent cette ville de Burgos. Il fut à Paris quatre jours après. La rapidité de ces courses, cette aptitude à